Journal 1996-2000 Nicolas Lehoux

Extrait de Journal 1996-2000, Long et méthodique dérèglement de mes sens

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Hier soir, Antoine m’a invité à la Maison Grecque, un restaurant où j’ai rencontré un cercle d’amis intimes. Un couple ; Anne-Marie, plutôt petite et X., un joyeux luron de quarante-et-un ans, le couple a semblé être des fumeurs de pot officiels. Le chum possède beaucoup d’esprit. Ses cheveux mi-longs n’étaient pas encore placés et formaient un genre de champignon de cheveux d’une dizaine de cm. Une barbe poivre et sel de quelques jours achevait de le rajeunir. Bien en chair, il est l’image même du bon vivant, heureux de vivre et profitant des plantes que la Terre a mises à notre disposition.

Le type semble lui aussi avoir voyagé beaucoup. Il possède une culture générale assez vaste, aime l’art et a un sens de l’humour tranchant, âme sensible s’abstenir. J’ai trouvé la morphologie de son visage assez semblable au mien, en fait j’avais l’impression de me voir plus vieux. Curieuse impression. Les échanges ont été plus nombreux avec lui, prodiguant à l’avenant des jeux de mots, des calambours, des jokes, etc. Il possède un drôle d’accent que je n’ai pas reconnu, un mélange entre le français de France et l’accent Beauceron.

Anne-Marie, plus réservée et grippée, s’entretenait plutôt avec sa voisine, une amie de longue date semble-t-il. Je ne pouvais pas entendre de manière audible leur conversation me rabattant soit sur X. en face de moi, soit sur Éric, mon voisin de droite plutôt coincé.

Antoine semblait très heureux. Il s’était mis du Brut 33 et dégageait une odeur trop mâle et virile pour mon système émotif encore affecté par mon expérience sexuelle avec Michel. Lui aussi sentait l’homme. Drôle de sensation que cette apparence de lever de cœur, l’estomac retourné par la répugnance. Depuis cet évènement je n’ai eu aucune relation satisfaisante avec une femme pour me purifier de cet acte qui ébranle complètement mes structures morales. Je continue à côtoyer Antoine mais me méfie tout de même de 100% des hommes. Je n’ai envers lui qu’une attirance intellectuelle car j’apprends beaucoup en sa présence. J’ai l’impression qu’il est mon sugar daddy. Il me paie des soupers, des joints, de la bière. J’accepte avec joie en éliminant l’idée qu’il veut plus. Je n’ai aucun goût de me retrouver entre ses deux jambes à sucer une grosse saucisse gratinée. Je cherche plutôt la douceur d’un corps féminin, sa douce présence qui me rend fou. Ah les femmes !

Cycliquement mon cœur se serre lorsque l’image d’Amélie s’insurge dans mon esprit. L’espace qu’elle occupait dans ma vie est plus importante que je le croyais et qu’elle a finalement crue. Aucun cadeau, peu de sorties, pas de lettre d’amour, j’ai cru que ma présence suffisait, que tous ces petits détails n’étaient pas importants si on aime vraiment une personne et qu’on lui démontre lorsque l’on est avec elle.

Je connais la musique, on oublie vite lorsqu’un autre pénètre le cœur. Je sais quel genre de relation je veux. Je finirai bien par l’obtenir. Une relation stable avec plusieurs femmes différentes. Constituant ainsi un moyen, un tout, où mes multiples facettes peuvent être extériorisées.

Je me retrouve avec moi-même, redécouvre la solitude des premiers mois. J’étais heureux à l’époque, indépendant. Pour le moment mon projet est de rester présent dans le cœur d’Amélie, qu’elle le vive son coup de foudre. Je ne suis pas jaloux. Tout ce que je veux c’est conserver une place dans son cœur, qu’elle m’appelle par elle-même, que je lui manque lorsque je ne suis pas là.

Le courant passe très bien parfois, je l’ai senti avec Amélie. Tellement fort. Je ne sais ce qui va m’arriver demain. Beaucoup de choses sont journalières dans ma vie présentement. Je ne sais communiquer avec tout le monde. Dans le fond ce que je veux c’est de l’argent pour mener ma vie de bohème et d’amour. Vivre des histoires d’amour fulgurantes, voilà mon rêve présent. Me perdre dans une autre personne, m’unir à elle, lui prodiguer beaucoup d’amour, en recevoir des tonnes.

Je me sens bien entouré, je sens mon entourage à la hauteur de mes attentes. Dan m’apporte beaucoup. J’apprends beaucoup de son expérience, de ses contacts et je crois que moi aussi je lui apprends beaucoup. J’espère ardemment pénétrer des cercles d’amis intellectuels et riches. Ce genre d’échange a le don de m’électriser, de me faire grandir. Peut-être l’organisation de ce genre d’évènement pourrait être envisagée à l’appartement. Ce serait un bon moyen de renvoyer l’ascenseur à ceux qui m’ont gâté jusqu’à maintenant.

J’ai quand même un goût très fort de n’être qu’un bouchon qui se laisse porter par un courant qui s’avère assez fort pour me faire parcourir de grandes distances sans efforts. Je pourrais toujours jeter l’ancre si une situation me plaît plus qu’une autre. Je ne suis pas avare de donner, mais je ne donne que ce que je possède : ma présence. Tout le reste étant pour moi superflu.

L’écriture me procure un grand soulagement, une porte de sortie provisoire qui me permet de prendre une distance de moi-même.

Une partie de moi n’est qu’un être chaotique complètement guidé par son instinct, poussé par la recherche de sensations extrêmes dépassant celle du commun des mortels. J’ai vaincu beaucoup de mes peurs. Je dois continuer dans cette direction, abattre tous les murs qui se trouvent sur mon passage, m’allier avec les grands de ce monde. Cette partie de moi-même qui ne redoute rien me fascine, parfois me laisse songeur. Un monstre sommeil en moi, à moi de le réveiller. Cet être se jette sans réfléchir dans la gueule du loup. L’instinct, quelle force extraordinaire possède cette qualité. Cette qualité m’a toujours surpris, à quel point certaines situations sont entièrement sans contrôle, sans arrière-pensée ni plan d’attaque. Animal, jouissif, en ces moments je sens la force animale en moi, cette virilité de mâle dominant, cette manière de voir la vie que les gagnants possèdent en eux. Cette partie de moi-même est la créatrice de toute ma production spontanée où le mental analytique laisse place à l’énergie pure, la créativité brute, sans compromis. Ce sont des moments divins de prémonition, d’une vision certaine de la direction que je dois emprunter. Aucun doute, seulement la certitude, certitude qu’au bout du chemin la compréhension m’attend, précédée par l’essai et l’erreur, la multiplication de synapses nerveuses dans mon cerveau. Comme un nouveau jouet où tout en lui reste à découvrir. Cette partie de moi-même possède la grande qualité de s’émerveiller devant de petites choses, la joie de la découverte, du jeu, l’irrespect envers l’autorité établie. À ce niveau tout est possible, l’imagination permet tout, et l’imagination forge la réalité. C’est probablement cette partie de moi-même qui évite l’engagement, car il ferme des portes qui pourraient mener à des endroits merveilleux.

L’autre partie de moi-même est l’extrême opposé : méticuleux, calculateur, méthodique à l’extrême. Aucun détail ne lui échappe, compilant méthodiquement l’information pour la faire fructifier plus tard. Cette personnalité peu bavarde, doit sembler aride à certaines personnes. Sa franchise sans détour, son manque de diplomatie, ferait certainement de moi un homme d’affaires opiniâtre, sans faille ni émotion.

Aucun ami en affaires. La ligne droite est le plus court chemin entre deux points. Je ne m’autorise aucun détour, un but doit être fixé, des étapes établies et respectées pour atteindre un résultat qui dépasse celui du commun des mortels. Seul point commun entre les deux personnalités ; la démesure, le trop en général. Pourquoi viser moyen lorsque l’on peut viser le sommet, après tout d’autres y sont arrivés avant moi. Je ne me sens aucunement inférieur à eux. Lire beaucoup de biographies m’aidera sûrement, éclairant le chemin cahoteux du succès, de la gloire ultime. Cette partie de moi-même ne semble pas penser au présent, trop occupée est-elle a planifier le futur, aidé du passé. Dans le fond je suis complet en soi, une partie de moi vit au présent, se laissant dériver sur le flot du hasard qui, en fait, est partiellement contrôlé par l’autre, appelons le Nicolas et appelons l’être du moment présent Leou. Maintenant qu’elles sont baptisées, il sera plus facile de les faires interagir, couplet éthéré flanqué dans un même corps, qui semble lui-même avoir sa propre présence, sa propre conscience de n’être qu’une machine au service de Leou et Nicolas.

Ces trois entités méritent chacune autant d’égard sous peine d’avoir des problèmes un jour. J’ai souvent tendance à oublier le corps, trop occupé intellectuellement, conscient de mon existence. Il n’en tient qu’à moi de définir l’importance que cette « jeune déité spirale » peut occuper en ce début de millénaire qui s’en vient à grand pas, amenant des révolutions culturelles incroyables où tout sera bouleversé. J’espère, avec mes idées, participer à la révolution de ce monde nouveau, à cette redéfinition des principes régissant notre conduite à tous, la masse, cet océan vivant qui compose l’humanité.

J’ai foi au futur, en la force du bien sur le mal. L’information est maintenant disponible. À nous de l’utiliser correctement pour créer une nouvelle réalité, notre réalité, ma réalité.

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Extrait de Journal 1996-2000, Long et méthodique dérèglement de mes sens

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