Journal 1996-2000 Nicolas Lehoux

Extrait de Journal 1996-2000, Long et méthodique dérèglement de mes sens

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Je dérape, m’envole. Je ne sais que dire. Je suis prêt pour mon futur, mais réalise ma position peu élevée. Je me sens vide, le néant à l’intérieur. Ce n’est pas un sentiment négatif, ni positif d’ailleurs, seulement un équilibre, une stabilité émotive probablement dû à mon isolement des deux dernières semaines. Parfois encore le fantôme d’Amélie vient me hanter, mais sa présence se fait de plus en plus effacée.

Aucun monologue intérieur ne se fait entendre. Le vide. Mon esprit est plongé depuis quelques jours dans la lecture d’une biographie de David Bowie. Cela me fait rêver, espérant un futur aussi fulgurant. Je rêve d’être une superstar, en comprendre les étapes fondamentales de formation.

Il me manque du matériel, de la production. Il me manque de la pratique.

Je choisis en toute conscience les aléas du BS, sa pauvreté monétaire inhérente. Je crois que les moments de pauvreté vont m’amener beaucoup. Ils vont me faire vivre des réalités et des états d’esprit que l’argent endort, auxquels elle nuit par son opulence.

Je me sens aculé au mur. On ne me laissera pas de chance. Mais je sens le retour à moi-même comme une étape très importante pour réussir ma carrière d’artiste. Je ne crois pas à demain mais je crois au futur.

Le train déraille, des ailles lui poussent de chaque côté, des ailles immenses. Mais les ailles sont trop fragiles, trop fragiles pour supporter son poids. Alors il déraille. Alors il déraille, enfonçant tout sur son passage, égratignant sa peinture magnifique, écrasant les animaux trop engourdis pour déguerpir. Le train déraille. Ses ailes sont encore humides. Il fait des ravages, détruit tout sur son passage. À l’intérieur certains passagers prennent peur, d’autres restent confiants. La calandre vrombit, spasme cahoteux, aveuglé par la vitesse et les branches qui cachent le soleil.

J’ai peur, je déraille. Le train s’emballe. Le gouffre approche, profond comme mon âme. Le chauffeur est abasourdi, secoué, il tente l’impossible mais rien n’y fait. Ce ne sont que les ailes qui sont humides. Mais rien n’y fait. Ce sont les arbres que les endommagent. Loin du possible, flétrit le chauffeur, carcasse effrénée. Dans ma forêt enchevêtrée, multiple ramages. Arrêter cette rage. Confus, confiné, je m’affine, m’affute. Bataille pour le pouvoir. Objectif réussite. Je veux des millions, des millions d’amis. Tangente de la locomotive, le leitmotiv d’une civilisation.

Je me plains du pouvoir. Rébellion de mes sens. J’atterris sur mes pieds, combattant bien armé. Je me plains du pouvoir. Me sens oppressé, obligé de suivre les rails. Mon consentement est optionnel. Suis-je réel ? Sempiternel ou éternel ?

Caché dans son gîte. Grotte glacée d’amertume. Dépotoir phénoménal d’Amour. Prestation d’aide maternelle. Croyance mourante. Univers inconnu. Cerbère totalitaire et fasciste. Rébellion sensuelle.

Je revis le moment momentanément vécu. Irradiation permanente de l’espoir aphrodisiaque. Spermicide acrobatique. Je demeure stoïque. D’une permanence conflictuelle entre le future simple et le futur composé. Raz de marée sur le quai. Pouvoir aux honnêtes intellectuels.

Morsure incisive. Parfum mordoré. Gélatine pudique. Hallucination publique. Foi écrasante en l’avenir. Ride analysée psychologiquement. Vide intérieure. Paix totale. J’exulte la copie. Oppressé par le poids au-dessus de moi. Pression merdique. Érudition trop marquée. Revenge assurée. Ravage sur le quai. Le train est arrivé.

Tu es jolie, serveuse de la brûlerie, brulante réalité, charnelle Aphrodite. Le café emplit mes narines. Dommage. Ton arôme semble plus vivant. Table écarlate soutenant l’écriture frêle d’un poète si jeune. Dérapage contrôlé. J’aimerais t’inviter dans mes châteaux à Paris, y prendre un bol de riz. Mais voilà l’ennui, j’en ai perdu les clés. Transigeuse de café, brûleuse de volonté, je t’ai remarqué. Tes yeux alcalins, tes lèvres, tu es sublime dans ta splendeur. Spectre des beautés oubliées, tu joues du coude, déjoues la houle, si belle, si charnelle. Le café coule à flot sur cette masse de gens qui s’enivre. Je récolte mon buvard d’une moissonneuse batteuse de mon pays. J’ouvre la boîte. L’écluse momentanée. J’ai mal de te regarder. Trop envie de t’embrasser, doux visages de praline, arc-en-ciel sur mon cœur. Le train déraille. L’ongle vermillon.

Suis-je impoli d’user du verbe et du sonnet pour atteindre à vif l’élégance de ton cœur ? Suis-je impoli de désirer tes caresses? Assez joli pour connaître ton adresse?

Tourbillon énergique. Phénomène phallique. Plastic poésie you’re so toxic. Poésie d’amour tu me soulèves. Poésie d’amour tu te fais temps à ma place. Je tombe dans le marasme. L’appétit mordant pour toi ma jolie. Un apéritif. Des sous-titres. Tes ongles vermeils. Un cul dans mon visage. Trou béant vers l’inconnu. Question contractuelle. Prédation volontaire.

Aucune réponse. Le néant reste sans bruit. Profondeur anale. Abysse de jouvence. Parle-moi d’amour, de nicotine. Chante-moi une comptine. Deux ou trois tartines, pour remplir ma piscine. Je ne vais pas pleurer. Aucune larme ne va couler. Je ne vais pas me plaindre d’une grippe méritée.

Tes douces mains sur ma verge impriment un mouvement chaleureux. Le trop plein déversé sera vite avalé. Mon majeur entre tes cuisses. Prolongement incandescent de mon mental éveillé. Te procure, ma génisse, un plaisir électrique. Si chaud, si humide, ton entrejambe crie famine. Je peux m’en occuper. À belle dent le croquer. Mon visage caché entre tes cuisses. Ma langue qui glisse sur tes lèvres humides. Je suis enfin en sécurité. Protégé de l’ennui.

Plaie ouverte, j’ai mal d’avoir aimé car elle est devant moi. Je l’aime si fort. Mais ne sais que faire. J’ai mal d’avoir trop aimé. J’ai mal de n’avoir pas oublié. J’aimerais pleurer mais rien ne sort. Mon cœur a mal d’avoir trop aimé. Comme au premier jour, la douleur fait rage, intense, complète. Spice Girls dans ma tête. Douleur spasmodique. Douleur organique. Spice Girls apaisent quelque peu ma conscience. Elles sont si belles, si joyeuses.

J’ai envie de la prendre dans mes bras, la serrer très fort, ne jamais la quitter cette jolie déité. J’ai mal, tellement mal. Quelle douleur atroce que l’amour perdu. Quelle douleur atroce de voir son aimée. Répond, jeune artiste. Cœur tendre. À moitié endormi. Merde. J’ai tout perdu de cet amour si joli.

J’ai faim, ne sais que faire. J’ai peur. J’ai mal. Ma cage thoracique se serre, spasme. Implosion fatale de ma cage thoracique. Parc Jurassic. Merde. J’ai mal. Souffrance atroce de mon être entier. Souffrance totale. Je ne sais que faire. Ne sais que dire. Douleur grande. Asphyxie générale. J’ai peur. Aidez-moi. J’ai peur. Aidez-moi.

Génie incompris d’une génération trop neuve, j’ai mal ce soir de voir mon aimée désaffectée de moi. Oubli obligatoire. J’ai mal. Poursuivez-moi. J’ai mal. Tuez-moi. Cette situation est horrible. Le hasard infernal s’acharne sur mon cas ce soir. Tout peut arriver car j’ai abandonné l’idée de la normalité. J’ai mal. J’ai mal. Mon cœur saigne de voir mon amour si près, si près de mon corps.

Pourquoi moi, bordel de merde? Pourquoi cela m’arrive? J’ai peur. J’ai mal. Que vais-je devenir? J’ai peur. J’ai mal. On m’a oublié. J’ai tout donné. On m’a mal compris. Du calme, du calme. Tout n’est pas fini. Du calme, du calme. La bombe nucléaire est retenue. J’ai mal, trop mal, de voir mon amour si près de moi. Son corps si fébrile ne sied plus avec moi, ne s’assoie plus près de moi. J’ai mal, trop de douleur. Parasite moderne.

J’ai mal de te voir ce soir. Amélie mon aimée. Amélie ma chérie. Je souffre en silence à la vue de ta présence. Je souffre atrocement de te savoir si proche. Pourquoi ce hasard ce soir qui me rappelle ma douleur? C’est la réalité qui éclate, n’ayant pas voulu la voir. Pourquoi ce hasard ce soir? Pourquoi cette farandole grotesque? J’ai mal de voir. J’ai mal de vivre.

Préservez-moi donc un peu car je ne veux pas souffrir. Mais je ne peux t’oublier jolie Amélie, car tu es là comme une seule femme. Fuck the entire world. Fuck off tout le monde.J’ai mal ce soirde cette grotesque farandole, de cette grotesque mascarade. J’ai perdu ton amour Amélie. Foutue conne, tu me fais chier car je t’ai aimée comme je n’ai jamais aimé.

J’ai mal, trop de souvenirs, trop d’égratignures. Tu me fais subir le pire de tous les calvaires. Mais tu es innocente. Non coupable de la situation. Si je te regarde j’ai le goût de pleurer toutes les larmes de mon corps. Blocage séquentiel. Métamorphose prédite. J’ai mal, je pleurs. Tant de douleur. Trop pour mon cœur. Je n’ai pas mérité cet affront du hasard. Jamais je n’oublierai cette sourde machination pour me rappeler notre existence antérieure.

Pourquoi est-ce si pénible d’oublier cette fille? Je l’ai trop aimée, trop cajolée. Je ne peux la voir sans avoir envie de pleurer, sans me sentir oublié. Ce soir, j’ai mal de voir celle que j’aime et de ne pouvoir la serrer dans mes bras. J’ai peur. Que va-t-il m’arriver ? Je suis privé de ma drogue. Je suis privé de celle que j’aime. J’ai trop vécu de bonheur avec cette jeune folle. Âge ingrat où tout est à refaire. Je te regarde et j’enrage. Je ne sais que faire. Je suis fou. Je t’aime au pluriel.

Fuck off. J’ai envie de pisser. Ma vessie va éclater. Fucking reality, you’re driving me crazy. Fucking reality, why are you so rude?

Quelle drogue que l’amour. Je suis une autre personne. J’exulte. Je ne sais que faire. Je ne me reconnais plus. Autre, Autre. Qu’à jamais je divague. Qu’à jamais l’amour me transporte vers le pays de la douleur, vers le pays de la joie. J’ai mal mais je me reprends. J’échoue l’enfer.

Amélie je te hais pour m’avoir lâchement abandonné. Je te hais du plus profond de mon âme. Tu es une salope. Va chier crisse de salope!

Comment concilier haine et amour? Deux sentiments si extrêmes.

Sache que je t’aime. Sache que je te hais. Je ne peux accepter ce rejet si rapide. Mon sang coule encore. Que dire sans te blesser petite salope de mes rêves. Va te faire enculer idiote. Tu m’as oublié comme un déchet. Toxic waste. Abondante récolte. Si je le pouvais je te tuerais. Si je le pouvais je te ferais l’amour.

Dieu, est-ce possible une telle ambiguïté en une personne réunie? Assume ton amour chienne de salope. Viens à mon secours crisse de vache. Je t’ai aimée. Tu es partie. Je t’aime encore en contrepartie. Ton visage, ostie d’plotte, me fait frémir d’envie, ma jolie. Je veux te tuer chienne de salope. Je veux te fourrer, espèce d’enculée. Laisse-moi t’assassiner. Qu’enfin j’oublie ton existence. Que je cesse de te voir dans mon urine le matin. Ostie de chienne sale. Mange de la crisse de marde. Tu es si belle. Comme un cancer tu reviens par intermittence. Comme un cancer tu me fais souffrir. Tranquillement je meurs. Amicalement tu me bénies. Va chier crisse de chienne. Je t’ai aimée comme jamais. Je n’ai su l’exprimer. Voilà mon péché. Je veux te battre au sang. Ne plus te respirer. Qu’à jamais tu souffres de m’avoir laissé. Maudite vache je te hais. Ostie d’chienne tu m’as laissé! Tu es si loin. Tu es si froide. Pourquoi m’as-tu laissé? Pourtant je t’ai aimée! Amélie, pourquoi es-tu entrée dans ma vie? Elle était pourtant si jolie.

[Ce soir]

Aujourd’hui, trop de hasard. Jonathan au coin de la rue, mon père au téléphone, Amélie au Pégace. Pourquoi? Pourquoi tant de coups dures qui me rappellent le passé immédiat?

Je ne peux pas oublier. Je suis seul, oublié. Ne puis-je être heureux avec l’amour de ma vie sans qu’elle me laisse pour un autre favori? Pourrais-je être aimé enfin, pour la vie? Que longtemps dure un amour infini. J’ai mal d’être oublié par celle que j’ai aimée. Rebelle incompris au cœur de l’immense cité. J’ai si mal de ne plus être aimé. D’être le préféré d’une névrose atténuée. J’ai si mal d’être oublié.

Amélie, va te faire foutre. Je veux ta mort. Autant que ta vie. Salope desséchée. Spirale infernale. Oubli impossible. Corps juvénile. Si vite enculé.

Les extrêmes sont si près l’un de l’autre, comme si l’ensemble des évènements formait une boucle.

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Extrait de Journal 1996-2000, Long et méthodique dérèglement de mes sens

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