Journal 1996-2000 Nicolas Lehoux

Extrait de Journal 1996-2000, Long et méthodique dérèglement de mes sens

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La vie est bizarre! Que dire de plus? Ma vie est une succession d’évènements déroutants, tous plus fous les uns que les autres.

Bombardé, canardé, le souffle coupé, observateur attentif de cette réalité aberrante, je reste là, sans mot, sans dire. Pourquoi tant de question? Bouchon de liège dans un torrent démentiel. Transporté, fauché à répétition.

Et cet amour déclaré qui me laisse songeur. Réalité détraquée. Perversion sensorielle. Je n’ai pas besoin d’un père. Aucune emprise sur cette réalité glissante. Dynamique et changeante. J’évolue les yeux fermés. Espérant le futur. Antibiotique à ma paranoïa. Charismatique autant que la mafia. Dans le passé, les effluves sont puissants.

Je suis déstabilisé, sidéré par les évènements, les réactions des gens. L’absurdité de tout ce système, remplit de zombies, remplit d’amis. Mes lectures m’informent que cela ne fait que commencer, que la Terre n’a pas encore tremblé. J’anticipe la vague, la prévois pour dans deux ans. C’est si long! C’est si court!

Ma capacité d’imagination est extrêmement vaste. Elle est heureusement compensée par un esprit méthodique à l’extrême, méticuleux et ordonné, étapiste forcené. D’où vient la perfection de ma personnalité? Le secret réside dans l’équilibre qui s’établit entre les deux forces comme le soleil, une déflagration de l’intensité énergétique du noyau en provoquerait l’effondrement, l’implosion. D’où l’ambiguïté du personnage. Corps, cœur, esprit. Toute cette folie qui m’entoure, métropole dévastée par le chaos m’anime. Toutes ces aberrations incompréhensibles forment une réalité.

Amélie, quel sens donnes-tu à la réalité? Est-ce que tes yeux enregistrent comme informations ce que ton entourage te fait voir de celle-ci? La vraie vie? Qu’est-ce que le vrai? Tu es si pleine d’idées préconçues, prémâchées. Si je te demande de me définir ce qu’est la vraie vie pourrais-tu y arriver? Constat solide, différencié, en constante évolution. Ne fais pas l’erreur de croire qu’il y a une réalité. Il y a des réalités, il y a ta réalité, il y a ta vraie vie. La vraie vie, je ne suis pas certain que tu y es encore ma chérie. J’adore rêver soit, mais sans la «vraie vie» comment pourrais-je rêver? J’adore la vie, j’y mords à belles dents, sans retenu. C’est pour cette raison que j’ai laissé ma passion s’enflammer pour toi, pour l’amour.

La vraie vie, tout comme le reste, ça se modèle. On choisit son destin jusqu’à un certain point. Tu vois, le problème entre nous c’est l’incompréhension. Ce que tu définis comme réalité n’est en fait que ton appréhension de celle-ci, celle que ceux qui t’ont éduqué t’ont appris (forcé) à voir. Mais voilà, arrive un jour un mec pour qui cette réalité n’est pas de tout la même et ça fout en l’air tout ton fonctionnement interne, la dynamique qui règle si bien ta vie lorsque tout est «normal», lorsque tout est à sa place et n’a pas à être redéfini à chaque instant.

Je suis le chaos, la plante qui fend l’asphalte pour pousser, éclairant de sa beauté l’environnement qui l’entoure, attendant le moment où elle sera piétinée par les semelles d’un passant qui n’aura même pas conscience de la gravité du geste qu’il vient de poser.

N’oublie pas que le chaos a une logique propre, formule mathématique formant des fractals merveilleux. Tout système, pour bien fonctionner, doit être en équilibre. Toute instabilité amène un contre-mouvement venant combler ce déséquilibre. Le désarroi total de la rupture a fait place à une avidité totale d’info. Le cerveau fonctionnant comme une banque de données, l’information est stockée logiquement en prévision du futur.

Tant de chose manque à ma culture. Tant de sensations, de situations restent à être vécues. Bien sûr que je suis vulnérable. Je suis hypersensible, extrêmement connecté sur mes sensations. Elles sont à vif. Mais ne te leurre pas : je suis aussi extrêmement fort, sinon mon organisme et mon mental ne pourraient résister. J’ai la force de regarder le destin en face, de lui crier qu’il ne me fait pas peur, que je l’attends de pied ferme.

Combien de gens osent aller au bout de leur rêve? Une minorité pour sûr. Lorsque je rencontre des désillusionnés de la vie, j’ai le goût de vomir. Oui, je suis élitiste, certaines personnes veulent être dirigées, doivent être dirigées. Leur culture ne leur permet pas de prendre une décision éclairée.

J’ai parfois une grande gueule, je crie haut et fort mes opinions, quitte à écraser le faible. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Désespoir de cause. Conflit d’horaire.

En passant, je savais déjà que vous vous disiez tout, toi et Sarah. On en avait déjà abordé le sujet moi et elle. Ne sous-estime pas ma capacité de déduction et surtout n’oublie pas que j’ai deux sœurs.

Je crois que tu manques de maturité… mais suis-je bien placé?

Nous avons fait l’amour. Tu te demandes comment j’ai pu t’aimer? Parce que nous avons fait route ensemble, nous avons partagé des émotions, des sensations. Je ne crois pas au coup de foudre. Ce n’est qu’une montée d’hormones provoquant la passion. L’amour ça se construit tranquillement. On apprend à se connaître, on laisse aller le temps. C’est tout.

Tu as vécu cette passion. Tu l’as ressenti mais lorsqu’est venu le temps de construire l’amour tu t’es défilée. Voilà pourquoi je prône la polygamie. Avec plusieurs partenaires une personnalité aussi multiple que la mienne y trouve son compte. Certaines personnes deviennent à la longue plus qu’une amante et un lien solide se forme peu à peu. Mais la passion doit aussi être vécue et certaines expériences sexuelles y sont pour quelque chose. L’ensemble forme un tout harmonieux où fantasmes et désirs sont asservis, éliminant le sentiment de possession qui est en contradiction avec ma définition d’une relation d’amour et d’amitié.

L’intimité qui s’installe dans une relation qui dure est ce qui m’attire le plus. La proximité de deux êtres sur certains points, la singularité qu’il est possible d’atteindre. Ton goût irrépressible d’aider ceux qui sont dans le malheur montre bien certaines particularités de ta personnalité. À mon avis personnel, ceux qui ne voient que ça ont eux aussi un problème. Un vide intérieur qu’ils cherchent à combler à tout prix par l’oubli de soi, le déni de soi, à ceux qui ont aussi un vide à quelque part. Et c’est très bien car à entre eux l’équilibre s’installe.

Je crois qu’avant d’aider les autres quelqu’un devrait s’aider soi-même, chercher les vraies réponses. Tu n’es même pas capable d’ouvrir ton cœur, prétends en avoir caché la clé et clame vertement que celui qui pourra l’ouvrir n’est pas né.

Moi, je te l’ai ouvert mon cœur et j’ai jeté la clé. Le reste n’a pas d’importance. Depuis, la porte est encore béante et je souffre parfois. Mais la souffrance me rend plus vivant encore, plus déterminé que jamais à découvrir et à vivre l’amour et la passions, sans ménagement, à fond la caisse.

Comment ne puis-je finir par aimer une personne que je côtoie souvent et avec laquelle je fais l’amour à répétition? J’avance que ta question m’offusque et me rend perplexe. Quelle définition le mot amitié prend pour toi? Pourquoi t’attribues-tu la place de la fifille bête dans ma vie? Tu as été ma reine, mon univers.

Va te faire foutre chérie !

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Extrait de Journal 1996-2000, Long et méthodique dérèglement de mes sens

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