Le psychédélisme de retour ?

La Presse, jeudi 12 janvier 2006

André, Claude
Collaboration spéciale

On les croyait évaporés avec les effluves de patchouli et le clinquant des années 80. Pourtant, un mouvement qui trouve quelques racines à Montréal explore de nouveau les façons qui permettent de « franchir les portes de la perception ».

Depuis mai 2004 en effet, Nicolas Lehoux et quelques trippeux se réunissent chaque jeudi dans un salon de thé pour causer… psychédélisme! Ces rencontres, qui attirent habituellement entre cinq et 20 personnes, sont un moyen d’échanger de l’information sur différents types de drogues hallucinogènes comme le peyotl, le san pedro, la gloire du matin, les champignons magiques et autres LSD, LSA ou DMT… La chose serait tout à fait légale, puisque personne n’y fait la promotion ouverte de substances interdites. Les discussions tournent plutôt autour de témoignages personnels, de quêtes spirituelles, philosophie intégrale, illuminations de Pantajali et autres pensées holistiques.
Au gré des soirées, les plus jeunes peuvent aussi rencontrer de vieux freaks. Causer de l’album Sergent Pepper ou du film Yellow Submarine des Beatles, des Doors ou du peintre Savador Dali quand ce n’est pas des incontournables fondateurs du mouvement  » psychédélique  » comme le Dr Timothy Leary, l’écrivain Alex Huxley ou encore Ken Kesey, précurseur du Kool-Aid Acid Test- qui distribuait ses offrandes hallucinogènes en parcourant les routes des États-Unis en autobus bariolé.

Initiateur de ces soirées, Nicolas Lehoux se sent investi d’une mission précise: rendre l’utilisation de psychédéliques légale dans le cadre de recherches scientifiques, comme ce fut le cas aux États-Unis dans les années 50, 60 et même 80, quand le Dr Rick Strassman administrait du DMT (salvia, san pedro) à ses patients pour en connaître les propriétés.

Pour Nicolas Lehoux, il serait intéressant de relancer ce genre de recherches, en particulier dans le domaines de la psychothérapie car, croit-il,  » cela pourrait nous faire franchir des pas de géant en la matière « .

Trouver Dieu… et une boutique

Auteur-compositeur-interprète, Lehoux lui-même admet avoir vécu une expérience  » transpersonnelle  » à l’âge de 28 ans.  » Cela a débouché sur un réveil spirituel et mon troisième oeil s’est ouvert, dit-il très sérieusement. Il faut préciser que j’avais médité auparavant et lu compulsivement à ce sujet. C’est le san pedro (cactus) qui m’a procuré la petite flamme nécessaire pour embraser le tout. J’ai littéralement atteint l’extase. C’était comme un orgasme spirituel profond qui a duré trois ou quatre heures. Cela transcende ton être. Ton corps devient quasi accessoire « , confie le trentenaire.

Peut-on parler d’une béquille mystique?  » C’est une nouvelle façon de trouver Dieu à l’intérieur de soi-même « , affirme tout aussi sérieusement André Levert (!), propriétaire de la boutique Le Psychonaute, qui a ouvert ses portes (de la perception?) il y a deux ans.

Situé rue Prince-Arthur, Le Psychonaute est la caverne d’Ali Baba pour amateurs de sensations étranges. On y trouve des supports pour faire pousser des champignons magiques ou des accessoires pour consommer ou cultiver le cannabis.  » Je vends aussi du san pedro vivant, mais cela prend cinq ou six ans avant qu’il ne devienne comestible « , précise M. Levert.

Des problèmes avec les autorités? Pas jusqu’à maintenant. « Je suis borderline, souligne André Levert. Les lois sur les drogues au Canada sont très vagues car elles pourraient contrevenir à la Charte des droits et libertés. Il n’y a aucune loi qui interdit d’être sous influence. Il faudrait à ce compte bannir la méditation! Tu sais, les substances psychédéliques sont des outils qui ont été laissés ici pour aider l’humanité à grandir. »

Son produit le plus populaire demeure le salvia, dit-il. « On peut acheter un gramme (15 $) ou un demi-gramme et les effets de sensation d’être tiré vers le bas embarquent quelques secondes après les premières puff tirées de la pipe », précise ce grand admirateur du peintre Alex Grey.

Avis aux intéressés, les rencontres de M. Lehoux sont ouvertes à tous. Mais n’ébruitez pas trop l’affaire car, comme il le soutient lui-même, » il ne saurait y avoir trop de chamans dans une même tribu! »

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