Les polyamoureux

Être magazine, Vol 15, No. 02 avril 2010

Julien Daigneault Boucher

L’amour s’accorde parfois au pluriel. Vous connaissez d’ailleurs peut-être un polyamoureux, c’est-à-dire quelqu’un qui décide d’entretenir une relation amoureuse ouverte avec plus d’une personne à la fois. Une liberté sentimentale et sexuelle qui soulève bien des questions… et des boucliers.

Dans le cadre de sa chronique sur les altersexualités, ÊTRE a recueilli le témoignage de deux adeptes du polyamour, à ne pas confondre avec les libertins ou les infidèles.

Bédéiste et animateur de rencontres sur le polyamour pour le mouvement jovialiste, Nicolas Lehoux a bien voulu répondre à nos questions, tout comme Anne, une candidate au doctorat en sociologie près de la mouvance Queer.

Être polyamoureux

Cadrant à merveille dans l’ambiance feutrée du café oriental où il tient ses réunions, Nicolas est intarissable lorsqu’il est question de parler du polyamour. Selon lui, un terme plus juste pour définir les polyamoureux serait plutôt celui de «transcendés», pour «ceux qui transcendent leur couple sans en briser les liens». «Être polymoureux, c’est l’art de ne pas briser ses relations, mais de constamment les réajuster», ajoute-t-il.

Plus posée, Anne avance sa propre définition du polyamour. Pour elle, il s’agit de «de vivre mieux, le plus sincèrement possible, ce que l’on peut et veut vivre avec quelqu’un». «L’important, c’est que les histoires amoureuses aient du sens», soutient-elle.

Certains seraient ainsi polyamoureux sans même le savoir…

Un consumérisme amoureux?

Les deux invités s’entendent pour dire que, contrairement au libertinage ou à l’infidélité, une relation polyamoureuse ne vise pas à «remplacer» quelqu’un ou à «combler un vide» par «une course aux partenaires».

Pour Nicolas, il s’agit plutôt de «supplémenter» une relation existante. Il est à la recherche de relations multiples, mais durables. «Les poly ouvrent leur couple lorsqu’il va bien», affirme-til. «Ce qui me rend heureux, devrait aussi rendre
les autres heureux».

«Tout le monde n’est pas bienvenu n’importe quand dans ma vie», explique quant à elle Anne. La queer soutient qu’il faut laisser la liberté de savoir ce qu’il convient de construire avec une personne. «Des relations courtes peuvent être très belles comme ça», assure-t-elle. Selon Anne, «il est sain de vouloir comprendre pourquoi les gens aiment certaines personnes et de s’en parler». Des affinités intellectuelles n’impliqueront pas forcément de l’intimité, tout comme une attirance physique ne débouchera pas forcément sur une relation durable.

D’abord un couple ?

Anne se considère comme une polyamoureuse… mais est actuellement en couple avec une seule personne! Il y a quelques années, elle a connu une relation à trois ayant duré plusieurs mois. Elle explique que la forme que prend son «couple» dépend de ses besoins du moment. Selon les étapes de sa vie, elle peut avoir «de la place pour une, deux, trois ou aucune personne». «Je ne connais pas encore toutes les personnes qui me plaisent!», lance-t-elle en souriant.

Pour Nicolas, le modèle polyamoureux repose d’abord sur un «noyau dur», c’est-à-dire un couple qui s’ouvre à des relations polyamoureuses. «Mon idéal est celui de la trinité», explique celui pour qui le polyamour tire ses racines dans la spiritualité.

Après cinq ans de relation, l’artiste a entrepris d’ouvrir son couple. «J’avais besoin de renouveau sexuel et affectif», soutient-il. Or, sa compagne n’était pas prête à le partager avec une autre. Après discussion, cette dernière lui a proposé en vain les services d’une prostituée. «Je lui ai expliqué que ça ne m’intéressait pas. J’étais intéressé à rencontrer quelqu’un qu’elle aimait, une amie par exemple».

Sa compagne lui a alors présenté une amie, ouverte au polyamour, avec qui Nicolas entretient toujours une relation. Ce dernier a tranquillement poussé sa copine dans les bras d’un ami «pour lui enseigner dans la pratique».

Et la jalousie ?

«La jalousie émane d’un manque de compréhension, du mensonge ou d’un manque d’estime de soi», soutient Anne. Pour elle, l’honnêteté ainsi qu’une bonne communication sont essentielles à la santé de toute relation. Elle se souvient d’une «catastrophe» sentimentale causée par le mensonge. «La colocataire de mon copain, qui était aussi son amante, me cachait sa relation avec lui, tandis que lui m’en parlait ouvertement», regrette-t-elle.

Nicolas souligne qu’«aimer une personne, c’est la laisser libre», sachant qu’elle ne rencontrera jamais quelqu’un d’autre comme soi. Il soutient que la jalousie provient de «la peur de se faire remplacer», ce dont les partenaires de polyamoureux n’ont rien à craindre. L’artiste réaffirme que le polyamour ne fait que «supplémenter» une relation déjà existante, elle ne la remplace pas.

Quelle place pour les polyamoureux ?

D’après Nicolas, l’ordre social actuel ostracise les désirs amoureux multiples. «La pensée dominante ne favorise pas l’éveil à une sexualité épanouie», soutient-il. «Il n’y a même plus de cours de sexualité à l’école. Notre société devient handicapée sexuelle».

L’artiste espère que la nouvelle génération d’enfants élevés dans différents modèles familiaux opèrera bientôt un changement de paradigmes sexuels et amoureux. Nicolas souligne que plusieurs sociétés connaissent ou ont déjà connu le polyamour. Il fait notamment référence à la société tibétaine et plus largement au modèle de famille punaluenne.

Par delà le mouvement jovialiste, Nicolas souhaite aussi que l’acceptation des polyamoureux passe par les luttes des groupes LGBT. «Il me semble qu’il soit plus naturel pour les gais d’avoir plus d’un partenaire. Ils pensent beaucoup à leur relation et les rencontres se font avec beaucoup plus d’aisance. Les gais sont généralement plus progressistes que les straights en ce qui concerne la diversité des relations», affirme-t-il.

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